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Astrik, étrangère parmi les étrangers PDF Print E-mail
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C'est à la Cimade de Strasbourg que la jeune Astrik Simonyan, originaire de Gumri en Arménie, vient de consacrer un an de volontariat au service de personnes réfugiées dans la région .
Etrangère parmi les étrangers : un engagement singulier.

 

Elle est attachante, à l'image de son petit pays du Caucase : l'Arménie. Un peuple chrétien depuis 17 siècles, martyrisé lors du génocide turc de 1915, puis sous le joug communiste de l'ex-URSS jusqu'en 1991. Moins de 4 millions d'habitants au destin tragique. Astrik Simonyan semble le porter sur ses frêles épaules et c'est peut-être cela qui lui donne la force d'affronter la dure réalité de l'immigration strasbourgeoise qu'elle côtoie au quotidien depuis septembre 2007.

"J'ai toujours su que dans beaucoup de pays non avancés côté économique ou politique, des personnes - et c'est le cas de beaucoup de mes compatriotes - se voient obligées de quitter leur patrie. Je les ai toujours trouvées courageuses. Mais jamais je n'ai imaginé autant de difficulltés dans leur exil ! "  constate Astrik derrière son petit bureau du siège de la Cimade où des hommes, des femmes et des enfants de tous pays ne cessent de frapper à la porte en quête d'espoir et d'avenir.

Née d'un père instituteur, Astrik fait des études à l'école française n°10 de Gumri avant de fréquenter l'Intitut pédagogique qui forme des enseignants. Durant son cursus scolaire, elle s'engage comme bénévole dans l'association humanitaire et culturelle Solidarité protestante française en Arménie et donne des cours dans les clubs francophones. Elle va devenir présidente de cette association, tout en étant salariée comme interprète dans l'éducation nationale. C'est donc tout naturellement qu'elle se voit proposer un an de volontariat via le service de volontaires européens. 

"J'ai choisi la Cimade. Après une formation intensive à l'arrivée, j'ai aidé à la permanence d'accueil des sans-papiers ou des déboutés du droit d'asile. Manifester une solidarité active avec ceux qui sont dans la détresse, assurer leur défence, quelles que soient leur nationalité, leur origine, ou leur opinion politique ou religieuse...cela m'a beaucoup motivée."


Quel bilan fait Astrik aujourd'hui de son parcours de volontaire?

"Pas évident de poser les valises loin de ma famille qui a pleuré en me voyant partir. Aujourd'hui je me sens plus adulte, plus équilibrée. Je gère ma vie moi-même, toute seule. J'ai eu beaucoup de chance à Strabourg : les bénévoles de la Cimade sont des gens sensibles qui m'entourent beaucoup..


Chaque dossier de réfugié qui débouche sur un titre de séjour ravit Astrik.

"Mais le plus souvent, après avoir tenté beaucoup de choses, rien n'aboutit et tu te sens impuissant. Pour effacer la frustration, tu recommences à nouveau. Surtout tu ne te laisses jamais aller au découragement..."
C'est avec des images strasbourgeoises plein la tête qu'Astrik va repartir dans son Caucase natal. Elle a été marquée par la beauté des lieux, la richesse de l'architecture, la diversité de la culture... Aussi par "un art de vivre différent de celui qu'on pratique en Arménie. Chez moi on se rencontre sans s'inviter , sans formalités. Ici on est mieux organiser, on respecte la vie privée de chacun, on prend rendez-vous..."

Son coup de coeur au final ?

"Votre cathédrale, sous cette lumière du soir qui joue avec le feu. Vous pouvez en être fiers ! Comme je suis fière de tous nos monastères arméniens..."
Astrik rejoint discrètement les bénévoles au pré-accueil du rez-de-chaussée. Ultime question : n'est-elle pas tentée de rester en France ?

La réponse fuse d'un jet : "Non ! j'ai passé une année magnifique à tous les niveaux : linguistique, relationnel, humain...Je suis Arménienne. Ma place est en Arménie..."

Albert Huber
Article paru en août 2008 dans Le Messager, l'hebdo protestant d'Alsace Moselle. Article inséré sur le site avec l'aimable autorisation de la Rédaction de la revue. 

Last Updated on Thursday, 11 March 2010 11:16
 

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